Mort dans l'après-midi
"Juliet
The dice was loaded from the start
And I bet
And you exploded in my heart
And I forget
And I forget
The movie song"
Mark Knopfler, "Romeo & Juliet"
Iaorana à tous !
Nous avons quitté Raiatea et le chantier naval pour Tahaa. Les deux îles sont situées dans le même lagon. Nous sommes au mouillage, non loin du récif. Demain, il est prévu d'aller saluer Brian, un copain danois de José, qui cultive la vanille sauvage sur les hauteurs de Tahaa. Ancien légionnaire, il est désormais marié à une tahitienne. Ils ont deux enfants.
Aujourd'hui, j'ai passé une paire d'heures dans l'eau. Ce matin avec des pêcheurs de bénitiers, qui m'ont appris à les ramasser. Ce sont de gros coquillages, en forme d'huîtres, aux lèvres ondulées. Dans un mouvement lent, indépendant du courant, ils semblent murmurer quelquechose. Ils sont encastrés dans les patates de corail. Leur chair peut adopter différentes couleurs, rouge, bleu, jaune, vert, dessinant des compositions florales sous-marines. Je parle de la convention de Washington qui les protège aux tahitiens. Ils font la moue. Ca les intéresse peu. L'un d'eux m'en apporte un, pour le goûter. Je fais semblant de croquer la coquille. Hilarante petite farce inter-culturelle.
Après une sieste nécessaire (j'accuse sérieusement le coup), nous partons en annexe, entre deux motus (îlots déserts couverts de palmiers). Ils sont situés tout près du récif, et nous avons calculé l'heure en fonction des marées : nous nous laissons porter par le courant qui s'engouffre pour visiter les fonds. C'est une sensation indescriptible de glisser sur ce tapis roulant, au-dessus d'un canyon de corail peuplé de dizaines de poissons colorés. Il suffit de palmer pour orienter sa chute horizontale. Je passe près d'une famille française qui plonge par là, le fusil à la main. J'aperçois alors, tapi dans une fosse, un poisson porc-épic énorme. Je n'en ai jamais vu d'aussi gros. Je leur signale : ils le prennent en photo, ébahis. Je hèle José. "Je crois pas pouvoir le tirer.. Il a l'air vraiment costaud !" Finalement, nous décidons d'un plan d'attaque. Je le tire en apnée, et José m'aidera à le remonter. Je descends. J'ajuste. J'appuie.
Il se gonfle aussitôt et laisse éclater ses épines. Son corps en est couvert. Nous tirons comme des acharnés sur le fusil, mais il se coince dans la fosse. Je plonge, pour faire levier avec le fusil, tandis que José ne lâche pas la flèche. Soudain, l'hameçon cède. Il nous faut batailler de longues minutes avant de le ramener sur la rive du motu. Nous tenons chacun une extrémité de la flèche, qui ploie sous le poids de la victime. L'orgueil du prédateur.
Pendant ce temps-là, Arnaud, bien décidé à ne pas perdre son temps, butine les coraux. Il tombe soudain nez-à-nez avec un poisson minuscule. Ce dernier se met à sa hauteur, et le regarde droit dans les yeux. Il semble être sur son territoire. Arnaud, loufoque, essaie son jeu de jambes en apesanteur, et feint une ou deux droites. Le poisson fait immédiatement le tour du mammifère, et le mord au mollet. Notre héros, décontenancé, panique et se cogne sur une patate de corail. Il saigne un peu. Ca lui servira de leçon !
Nana,
Thibault.
The dice was loaded from the start
And I bet
And you exploded in my heart
And I forget
And I forget
The movie song"
Mark Knopfler, "Romeo & Juliet"
Iaorana à tous !
Nous avons quitté Raiatea et le chantier naval pour Tahaa. Les deux îles sont situées dans le même lagon. Nous sommes au mouillage, non loin du récif. Demain, il est prévu d'aller saluer Brian, un copain danois de José, qui cultive la vanille sauvage sur les hauteurs de Tahaa. Ancien légionnaire, il est désormais marié à une tahitienne. Ils ont deux enfants.
Aujourd'hui, j'ai passé une paire d'heures dans l'eau. Ce matin avec des pêcheurs de bénitiers, qui m'ont appris à les ramasser. Ce sont de gros coquillages, en forme d'huîtres, aux lèvres ondulées. Dans un mouvement lent, indépendant du courant, ils semblent murmurer quelquechose. Ils sont encastrés dans les patates de corail. Leur chair peut adopter différentes couleurs, rouge, bleu, jaune, vert, dessinant des compositions florales sous-marines. Je parle de la convention de Washington qui les protège aux tahitiens. Ils font la moue. Ca les intéresse peu. L'un d'eux m'en apporte un, pour le goûter. Je fais semblant de croquer la coquille. Hilarante petite farce inter-culturelle.
Après une sieste nécessaire (j'accuse sérieusement le coup), nous partons en annexe, entre deux motus (îlots déserts couverts de palmiers). Ils sont situés tout près du récif, et nous avons calculé l'heure en fonction des marées : nous nous laissons porter par le courant qui s'engouffre pour visiter les fonds. C'est une sensation indescriptible de glisser sur ce tapis roulant, au-dessus d'un canyon de corail peuplé de dizaines de poissons colorés. Il suffit de palmer pour orienter sa chute horizontale. Je passe près d'une famille française qui plonge par là, le fusil à la main. J'aperçois alors, tapi dans une fosse, un poisson porc-épic énorme. Je n'en ai jamais vu d'aussi gros. Je leur signale : ils le prennent en photo, ébahis. Je hèle José. "Je crois pas pouvoir le tirer.. Il a l'air vraiment costaud !" Finalement, nous décidons d'un plan d'attaque. Je le tire en apnée, et José m'aidera à le remonter. Je descends. J'ajuste. J'appuie.
Il se gonfle aussitôt et laisse éclater ses épines. Son corps en est couvert. Nous tirons comme des acharnés sur le fusil, mais il se coince dans la fosse. Je plonge, pour faire levier avec le fusil, tandis que José ne lâche pas la flèche. Soudain, l'hameçon cède. Il nous faut batailler de longues minutes avant de le ramener sur la rive du motu. Nous tenons chacun une extrémité de la flèche, qui ploie sous le poids de la victime. L'orgueil du prédateur.
Pendant ce temps-là, Arnaud, bien décidé à ne pas perdre son temps, butine les coraux. Il tombe soudain nez-à-nez avec un poisson minuscule. Ce dernier se met à sa hauteur, et le regarde droit dans les yeux. Il semble être sur son territoire. Arnaud, loufoque, essaie son jeu de jambes en apesanteur, et feint une ou deux droites. Le poisson fait immédiatement le tour du mammifère, et le mord au mollet. Notre héros, décontenancé, panique et se cogne sur une patate de corail. Il saigne un peu. Ca lui servira de leçon !
Nana,
Thibault.
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